Une personne âgée qui ralentit le pas, qui hésite avant de se lever de sa chaise ou qui évite de sortir par peur de tomber : ces signaux passent souvent inaperçus. Le test de Tinetti est un outil clinique conçu pour mesurer précisément l’équilibre et la marche chez les seniors. Créé en 1986 par la gériatre américaine Mary Tinetti, il permet d’évaluer le risque de chute avant qu’un accident ne survienne.
Signaux d’alerte déclencheurs du test de Tinetti
Vous avez remarqué qu’un proche attrape systématiquement le bord de la table pour se lever ? Ce type de comportement constitue un signal clinique concret. Le test de Tinetti ne se prescrit pas à tout le monde, à tout âge. Il prend son sens face à des déclencheurs précis.
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Les recommandations françaises, notamment celles de la HAS, positionnent ce test comme un élément d’un bilan plus large du risque de chute. Autrement dit, le Tinetti s’inscrit dans une évaluation globale, pas en examen isolé.
Voici les situations qui justifient sa réalisation :
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- Une chute récente, même sans blessure apparente, car les chutes sont souvent sous-déclarées par les patients eux-mêmes.
- Une instabilité visible à la marche : pas hésitant, trajectoire déviée, besoin de s’appuyer sur les meubles.
- L’utilisation récente d’une aide technique (canne, déambulateur) ou un changement de traitement médicamenteux pouvant affecter l’équilibre.
- Une peur de tomber exprimée par le patient, qui entraîne un repli sur soi et une réduction de l’activité physique quotidienne.
Le point commun de ces déclencheurs : une plainte fonctionnelle ou un signal observable. L’âge seul ne suffit pas. Un dépistage systématique chez toute personne de plus de 65 ans n’est pas ce que préconise la pratique clinique actuelle.

Ce que le score Tinetti révèle sur l’équilibre et la marche
Le test se compose de 16 items répartis en deux parties. La première évalue l’équilibre statique : capacité à rester assis, à se lever, à tenir debout les yeux fermés, à pivoter. La seconde observe la marche : initiation du pas, longueur, hauteur, symétrie, continuité et trajectoire.
Chaque item est noté sur une échelle de 0 à 2. Le score maximal atteint 28 points.
Interprétation du score sur 28 points
| Score | Niveau de risque de chute |
|---|---|
| Moins de 19 | Risque élevé |
| Entre 19 et 24 | Risque modéré |
| Au-dessus de 24 | Risque faible |
Un score inférieur à 19 points signale un risque élevé de chute. Ce seuil oriente directement vers une prise en charge renforcée : rééducation, aménagement du domicile, révision des traitements.
La force du test réside dans sa capacité à distinguer les problèmes d’équilibre des problèmes de marche. Un patient peut obtenir un bon score en équilibre statique mais perdre des points sur la marche, ce qui oriente différemment la rééducation.
Déroulement pratique en consultation gériatrique
Le test dure entre cinq et dix minutes. Il nécessite uniquement une chaise à dossier rigide et l’aide technique habituelle du patient (canne ou déambulateur). Aucun équipement spécialisé n’est requis.
Le professionnel observe le patient pendant qu’il réalise des tâches du quotidien : se lever, marcher quelques mètres, faire demi-tour, se rasseoir. L’évaluation repose sur l’observation directe, pas sur un appareil de mesure.
Qui peut administrer le test ?
Les médecins généralistes, gériatres, kinésithérapeutes et infirmiers formés peuvent le faire passer. En maison de retraite, il est fréquemment intégré au bilan d’entrée. En ville, il intervient lors d’une consultation motivée par un des signaux d’alerte décrits plus haut.
Un point à retenir : le patient doit porter ses chaussures habituelles et utiliser son aide technique courante. L’objectif est de reproduire les conditions réelles de déplacement, pas de tester une performance artificielle.

Limites du test de Tinetti face à une évaluation multicomposante
Le Tinetti mesure bien ce qu’il mesure : l’équilibre et la marche à un instant donné. Il ne capture pas tout. Les facteurs cognitifs (confusion, troubles attentionnels), les risques environnementaux (tapis, éclairage, escaliers) et les interactions médicamenteuses échappent à cette grille de 16 items.
C’est pourquoi les référentiels récents insistent sur une approche multicomposante du risque de chute. Le test de Tinetti y figure comme une pièce du puzzle, aux côtés d’autres outils comme le Timed Up and Go (TUG) ou l’appui unipodal.
Un score Tinetti rassurant ne garantit pas l’absence de risque de chute. Un patient peut obtenir 25 sur 28 mais prendre un somnifère récemment prescrit qui multiplie le danger nocturne. Le bilan doit croiser les données motrices avec l’histoire médicamenteuse et l’environnement de vie.
Quand répéter le test ?
Le Tinetti prend toute sa valeur dans le suivi longitudinal. Répété à quelques mois d’intervalle, il permet de mesurer l’efficacité d’un programme de rééducation ou de détecter une dégradation progressive de la mobilité.
Une baisse de plusieurs points entre deux évaluations, même si le score reste au-dessus de 19, constitue un signal d’alerte. La tendance du score compte autant que sa valeur absolue.
Agir après le test : orienter la prévention des chutes
Un score bas ne doit pas rester dans un dossier médical sans suite. Il déclenche des actions concrètes adaptées au profil du patient.
Si la partie équilibre est déficitaire, le kinésithérapeute travaillera la stabilité posturale, les transferts et les réactions d’équilibration. Si la marche est le point faible, les exercices cibleront la longueur du pas, la coordination et le rythme.
L’aménagement du domicile complète souvent le dispositif : barres d’appui dans la salle de bain, suppression des tapis glissants, éclairage renforcé dans les couloirs. Ces mesures simples réduisent le risque environnemental que le test ne mesure pas directement.
Le test de Tinetti reste un outil de terrain fiable, rapide à administrer et accessible sans matériel coûteux. Sa vraie utilité apparaît quand il s’intègre dans une démarche clinique complète, répétée dans le temps, et suivie d’actions concrètes. Un score sur 28 ne remplace pas le regard du soignant, mais il lui donne une base chiffrée pour argumenter une prise en charge et en mesurer les effets.

