Les 10 pays qui attirent le plus de retraités : ce que ne disent pas les classements officiels

Les classements des pays qui attirent le plus de retraités se ressemblent tous. Portugal, Espagne, Thaïlande, Maroc : les mêmes noms reviennent, assortis des mêmes promesses de fiscalité douce et de soleil garanti. Nous observons pourtant que ces listes figent une réalité qui a bougé, parfois radicalement, ces deux dernières années.

Régime fiscal du Portugal pour les retraités : la fin du NHR change la donne

Le Portugal trône encore en tête de la plupart des classements 2025-2026. C’est un anachronisme. Le régime des résidents non-habituels (NHR), qui permettait une imposition forfaitaire très basse sur les pensions étrangères, a été fermé aux nouvelles demandes par le budget 2024. Les derniers dossiers en transit ont été définitivement clos au 31 mars 2025.

Le dispositif de remplacement, baptisé IFICI (parfois présenté comme « NHR 2.0 »), exclut explicitement les pensions de ses avantages. Il cible des profils actifs : recherche scientifique, innovation technologique, cadres dirigeants, certains exportateurs. Le taux forfaitaire de 20 % qu’il propose ne concerne que les revenus professionnels portugais.

Un retraité français qui s’installe aujourd’hui au Portugal sans statut NHR antérieur est donc imposé sur sa pension aux taux progressifs ordinaires de l’IRS, pouvant grimper jusqu’à près de 48 %. Comparer ce régime à celui de la Grèce ou de l’Italie, qui maintiennent un taux forfaitaire de 7 % sur les pensions étrangères, n’a plus de sens dans les mêmes termes qu’il y a trois ans.

Retraitée occidentale explorant un marché traditionnel en Asie du Sud-Est lors de son expatriation

Grèce et Italie : flat tax sur les pensions étrangères, conditions réelles d’accès

La Grèce et l’Italie appliquent un régime forfaitaire de 7 % sur les pensions perçues de l’étranger. Sur le papier, c’est une offre nettement plus lisible que le nouveau cadre portugais. En pratique, les conditions d’éligibilité méritent qu’on s’y attarde.

  • En Grèce, le dispositif impose de ne pas avoir été résident fiscal grec pendant au moins cinq des six années précédant la demande. Le bénéfice est limité à quinze ans, et le retraité doit transférer sa résidence fiscale principale en Grèce.
  • En Italie, le taux de 7 % s’applique aux retraités qui s’installent dans des communes du sud de moins de 20 000 habitants (Mezzogiorno, Sicile, Sardaigne). La durée du régime est plafonnée à dix ans. Le choix géographique restreint l’accès aux grandes villes et à la côte nord.
  • Dans les deux cas, les revenus autres que les pensions (loyers, revenus financiers) ne bénéficient pas automatiquement du même taux. La structuration patrimoniale avant le départ reste un point technique à ne pas négliger.

Nous recommandons de ne jamais comparer ces régimes sur le seul taux facial. La durée du dispositif, les contraintes géographiques et le traitement des revenus annexes modifient considérablement le gain net réel.

Coût de la vie en Thaïlande et au Maroc : ce que les moyennes nationales masquent

Les classements affichent souvent un budget mensuel global pour chaque pays. La Thaïlande est régulièrement présentée comme accessible avec un budget très modeste, logement inclus. Le Maroc apparaît dans la même fourchette basse.

Ces moyennes nationales sont trompeuses. En Thaïlande, l’écart de coût entre Bangkok ou les îles touristiques et une ville secondaire est considérable. Un retraité qui s’installe à Chiang Mai ne vit pas du tout le même budget qu’à Phuket. Le poste santé, souvent cité comme abordable grâce aux hôpitaux privés internationaux, suppose une assurance privée dont le tarif augmente fortement avec l’âge.

Au Maroc, la proximité géographique avec la France et la francophonie restent des atouts réels. Le coût de la vie dans les médinas touristiques (Marrakech, Essaouira) a grimpé ces dernières années, porté par la demande internationale. Les villes moins exposées au tourisme offrent un budget plus conforme aux promesses des classements, mais avec un accès aux soins spécialisés plus limité.

Retraité étudiant des documents immobiliers sur une terrasse avec vue sur un village européen pittoresque

Sécurité, soins et communauté francophone : les critères absents des classements chiffrés

La qualité du système de soins pèse autant que la fiscalité dans le choix réel d’une destination de retraite. Les classements attribuent parfois une note globale à la « santé », sans distinguer l’accès aux soins courants, la disponibilité de spécialistes et la prise en charge des pathologies chroniques liées à l’âge.

L’Espagne dispose d’un système de santé publique accessible aux résidents européens via le formulaire S1. Le Portugal également, mais avec des délais de prise en charge qui se sont allongés ces dernières années dans certaines régions. En Thaïlande ou à l’île Maurice, l’accès aux soins repose quasi intégralement sur le secteur privé, avec une couverture assurantielle dont le coût doit être intégré au budget mensuel.

La présence d’une communauté francophone sur place est un facteur de confort souvent sous-estimé. Le Maroc, le Sénégal et la Tunisie bénéficient d’un avantage structurel sur ce point. Le Panama ou le Costa Rica, régulièrement cités dans les classements anglophones, supposent une aisance en espagnol ou en anglais qui n’est pas acquise pour la majorité des retraités français.

Expatriation des retraités français : le piège du classement unique

Un classement qui aligne dix pays sur une note composite (coût de la vie, climat, fiscalité, soins, sécurité) produit un résultat moyen qui ne correspond au profil de personne. Un retraité avec une pension modeste et des besoins médicaux réguliers n’a rien à voir avec un retraité aisé cherchant un climat tropical.

Le critère du coût de la vie est le plus déterminant pour les retraités français, selon le site Retraite sans Frontières. La fiscalité vient ensuite, puis le climat. La sécurité et l’accès aux soins sont souvent relégués plus bas dans les pondérations, alors qu’ils deviennent prioritaires passé un certain âge.

Nous observons que les destinations les plus pertinentes ne sont pas les mêmes à 62 ans qu’à 75 ans. Un séjour test prolongé hors saison touristique reste la seule méthode fiable pour valider une installation. Les classements fournissent un point de départ, pas une réponse.